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Le bilan partagé de médication en officine

Le bilan partagé de médication est un service pharmaceutique conventionné destiné aux patients âgés polymédiqués. Il repose sur une analyse pharmaceutique structurée de l’ensemble des traitements, conduite par le pharmacien et transmise au médecin traitant.

Il reste largement sous-réalisé au regard de la population éligible. Cette page présente ce que recouvre la mission, qui peut en bénéficier, comment elle se déroule, et où se situent les freins.

Bilan médicamenteux, bilan partagé de médication, conciliation : trois notions distinctes

Ces termes sont souvent employés indifféremment. Ils ne désignent pas la même chose.

Le bilan médicamenteux est le document. C’est un support interopérable qui rassemble le profil thérapeutique du patient, la liste détaillée de ses traitements, son observance et les effets ressentis. Il peut être partagé entre professionnels et déposé dans le dossier médical partagé.

Le bilan partagé de médication est la mission conventionnée exercée en officine. Elle produit un bilan médicamenteux, mais elle est encadrée par des critères d’éligibilité, un déroulé en séquences et une rémunération définis par la convention nationale pharmaceutique.

La conciliation médicamenteuse est un processus de sécurisation des traitements aux points de transition du parcours de soins (admission, transfert, sortie), formalisé par la HAS en 2015. Elle repose elle aussi sur un bilan, le bilan médicamenteux optimisé (BMO), comparé ensuite à la prescription pour identifier et corriger les divergences. Elle mobilise les professionnels de ville, médecins, pharmaciens et infirmiers, mais relève d’un cadre distinct du BPM, sans rémunération conventionnelle spécifique.

Cette page traite du bilan partagé de médication en officine.

Patients éligibles

L’avenant 1 à la convention nationale du 9 mars 2022, approuvé par arrêté du 5 juillet 2024, définit la population éligible comme suit : patients âgés de 65 ans et plus et polymédiqués, avec cinq traitements différents pour une durée rétrospective ou prévisionnelle d’au moins six mois.

Critère
Condition
Âge
65 ans et plus
Traitements
Cinq traitements différents
Durée
Rétrospective ou prévisionnelle, au moins six mois

Deux points méritent d’être signalés, car des sources encore en ligne diffusent des critères périmés.

Il n’y a plus de condition d’affection de longue durée. La rédaction issue de l’avenant 12 de 2018, qui distinguait les patients de 65 ans et plus en ALD des patients de 75 ans et plus, n’est plus celle en vigueur. Le tableau d’éligibilité a été remplacé par l’avenant 1 de 2024.

La durée de six mois peut être prévisionnelle. Il n’est pas nécessaire d’attendre six mois de traitement effectif si la prescription est établie pour cette durée. L’Assurance Maladie précise par ailleurs que si le traitement est modifié au cours de ces six mois pour une même finalité thérapeutique, le patient demeure éligible.

Le décompte porte sur les traitements différents, non sur le nombre de boîtes ni de lignes d’ordonnance.

Le patient reste libre d’accepter ou non l’accompagnement. Son adhésion est formalisée par un bulletin d’adhésion et de désignation du pharmacien, disponible sur le site de l’Assurance Maladie.

Depuis janvier 2026 : la prescription par le médecin traitant

La convention nationale des médecins de 2024 a instauré une consultation annuelle de déprescription pour les patients hyperpolymédiqués. Depuis le 1er janvier 2026, le médecin traitant peut prescrire un bilan partagé de médication pour les patients de plus de 80 ans présentant au moins 10 lignes de traitement.

Cette évolution modifie l’origine du recrutement. Jusqu’ici, l’initiative revenait entièrement au pharmacien, qui devait repérer le patient éligible et lui présenter le dispositif. Une partie des patients peut désormais se présenter avec une prescription.

Elle crée aussi une articulation directe entre les deux professions : le bilan réalisé en officine alimente la consultation de déprescription du médecin.

Le cas des résidents en Ehpad

Les patients résidant en Ehpad ne sont pas éligibles au bilan partagé de médication, au motif qu’ils ne sont pas autonomes dans la prise de leur traitement.

Une adaptation du dispositif a toutefois été prévue pour cette population, particulièrement exposée au risque iatrogénique. Elle utilise les mêmes supports, moyennant certaines adaptations décrites dans un mémo dédié publié par l’Assurance Maladie.

C’est un point souvent mal connu, y compris parmi les officines qui approvisionnent un établissement.

Le déroulé de la mission

Le bilan se déroule en séquences successives réparties sur douze mois. La séquence annuelle est facturée sous un code unique, échelonné entre les différentes étapes.

Première année, code BMI

Étape
Contenu
Montant
Total première année
65 €
Entretien de recueil
Liste exhaustive des traitements prescrits et de l’automédication, habitudes de prise, effets ressentis, difficultés rencontrées
15 €
Analyse et transmission au médecin traitant
Analyse pharmaceutique hors présence du patient, puis transmission des conclusions
15 €
Entretien-conseil
Restitution au patient et recommandations pratiques
15 €
Entretien de suivi de l’observance
Vérification de la mise en œuvre
20 €

Ces montants s’entendent toutes taxes comprises et sont majorés d’un coefficient de 1,05 dans les départements et régions d’outre-mer.

Années suivantes, code BMS

En cas de changement de traitement, la séquence comprend une actualisation de l’analyse, un entretien de suivi et un entretien d’observance. Sans changement, elle comprend deux entretiens d’observance. Dans les deux cas, le total annuel est de 30 €, réparti en 10 € puis 20 €.

Points de facturation à connaître

Un code d’adhésion, TAC, est facturé au démarrage de l’accompagnement, à hauteur de 0,01 €. Il est à facturer à chaque adhésion du patient à un nouveau thème d’accompagnement.

La prestation est facturée en tiers payant et prise en charge à 70 pour cent pour le bilan de médication.

Une seule officine peut accompagner un patient. En cas d’accompagnement par plusieurs officines sur une même période, le paiement est accordé à la première ayant facturé l’adhésion et un premier entretien.

Chaque entretien réalisé à distance donne lieu à la facturation d’un code supplémentaire, TPH, en plus du code de l’entretien.

Les codes actes doivent être facturés seuls, indépendamment de toute autre facturation, médicaments ou LPP. Douze mois doivent par ailleurs séparer la facturation du premier acte BMI de celle du premier acte de l’année suivante.

À la fin de chaque entretien, le pharmacien complète la fiche bilan dédiée et l’enregistre dans le dossier médical partagé du patient.

La rémunération d’un accompagnement réalisé en télésoin est identique à celle d’un accompagnement réalisé à l’officine en présence du patient.

Ces montants sont ceux fixés par l’avenant 1 à la convention nationale, approuvé par arrêté du 5 juillet 2024 et publié au Journal officiel du 7 juillet 2024. Ils sont repris par l’Assurance Maladie sur ameli.fr.

Le recueil

L’entretien initial se tient dans l’espace de confidentialité. Il porte sur l’ensemble des traitements, y compris l’automédication, la phytothérapie et les compléments alimentaires, que le patient ne mentionne pas spontanément.

Il porte aussi sur les modalités réelles de prise : horaires, oublis, difficultés d’ouverture des conditionnements, compréhension du schéma posologique. Ces éléments ne figurent sur aucune ordonnance.

L'analyse

C’est le cœur de la mission, et c’est le pharmacien qui la conduit. Elle se déroule en deux temps : vérification des posologies et des contre-indications de chaque médicament, puis contrôle des interactions médicamenteuses à partir du logiciel métier, en y intégrant les traitements non prescrits.

Elle peut conduire à préconiser un changement de forme galénique, ou à alerter le médecin traitant sur une rupture de consommation, une mauvaise observance, la survenue d’effets indésirables ou une interaction.

Le changement de forme galénique mérite d’être souligné, car il est souvent négligé au profit des seules interactions. Les difficultés à avaler un comprimé, à ouvrir un conditionnement ou un goût mal supporté constituent des freins mesurables à l’observance, et ils relèvent directement de ce que le pharmacien peut proposer.

Des outils de référence existent par ailleurs pour structurer cette analyse, notamment les critères STOPP et START et la liste de Laroche.

La restitution et la transmission

La fiche de transmission est complétée puis envoyée au médecin traitant, si possible via une messagerie sécurisée de santé, et enregistrée dans le dossier médical partagé du patient.

L’entretien-conseil qui suit permet d’expliquer l’analyse au patient, de lui remettre son plan de posologie, de répondre à ses questions et de fixer la date de l’entretien de suivi d’observance.

Ce point mérite d’être précisé, car il est souvent mal formulé. Le courrier adressé au médecin n’est pas une prescription et n’emporte aucune modification de traitement. Le pharmacien identifie et propose, le prescripteur décide. Cette répartition est constitutive du dispositif : c’est ce qui en fait un bilan partagé.

Le suivi

Les entretiens de suivi permettent de faire le bilan des stratégies mises en place avec le patient et de réévaluer son adhésion au traitement. Réalisés à distance, ils donnent lieu à la facturation du code TPH en complément.

Le bilan de conclusions

Une dernière étape offre une vision d’ensemble de la situation du patient au regard de l’accompagnement, mise à jour au fil de la séquence. L’Assurance Maladie met à disposition un formulaire dédié pour chacune de ces étapes.

Pourquoi la mission reste sous-réalisée

Les freins identifiés relèvent moins de la motivation que de l’organisation.

Le temps. L’entretien de recueil demande 30 à 45 minutes, l’analyse pharmaceutique autant sinon davantage puisqu’elle se conduit hors présence du patient. En cumulant les quatre étapes, la première année représente de l’ordre d’une heure trente à deux heures par patient. Dégager ce temps dans le flux du comptoir suppose une organisation dédiée, pas une intercalation.

L’identification des patients. Tous les logiciels de gestion d’officine ne proposent pas de filtre permettant d’isoler les patients de plus de 65 ans sous au moins cinq principes actifs chroniques. Sans ce repérage automatisé, la sélection repose sur la mémoire de l’équipe.

La proposition au comptoir. Le réflexe de proposer le bilan n’est pas installé. Un patient éligible peut passer plusieurs fois sans que la question soit posée.

Le recueil de l’information réelle. Les déclarations spontanées des patients sur leur observance sont peu fiables. Le sondage exclusif OpinionWay pour Medissimo et Notre Temps, réalisé en juin 2023 auprès de 630 seniors polymédiqués, montre que 82 pour cent d’entre eux affirment très bien respecter leur prescription, alors que 32 pour cent seulement présentent une bonne observance selon des critères comportementaux. Cet écart est documenté et ses causes sont multiples : forme du médicament, isolement du patient, perception du risque.

Ce que la donnée d'observance apporte au bilan

Le recueil déclaratif reste la base de la séquence initiale. Il a ses limites, et l’écart mesuré entre observance déclarée et observance réelle en donne l’ordre de grandeur.

Une donnée de prise objectivée modifie la nature de l’entretien. Elle déplace la conversation du terrain de la mémoire vers celui du constat, et elle rend visibles des écarts que le patient ne signale pas, soit parce qu’il ne les perçoit pas, soit parce qu’il ne les juge pas graves. La même étude relève que 24 pour cent des seniors polymédiqués estiment qu’il n’est pas grave d’oublier une prise de temps en temps, et les oublis de prise concernent 65 pour cent d’entre eux.

Cette donnée sert aussi la séquence de suivi, où il s’agit précisément de vérifier si les recommandations formulées ont produit un effet.

Points d'organisation

Trois éléments reviennent chez les officines qui ont réussi à installer la mission.

Un référent identifié. Une personne de l’équipe porte le dispositif, connaît les critères, suit les dossiers en cours et relance les suivis.

Des créneaux bloqués. Le bilan ne s’intercale pas entre deux délivrances. Les officines qui le pratiquent régulièrement lui réservent des plages fixes.

Un repérage systématisé. Le passage d’une sélection au jugé à une extraction régulière depuis le logiciel change l’échelle du recrutement.

Questions fréquentes

Quelle différence entre bilan médicamenteux et bilan partagé de médication ?

Le bilan médicamenteux est le document produit, un support interopérable partageable entre professionnels. Le bilan partagé de médication est la mission conventionnée exercée en officine, qui produit ce document dans un cadre défini par la convention nationale pharmaceutique.

Les patients de 65 ans et plus et polymédiqués, avec cinq traitements différents pour une durée rétrospective ou prévisionnelle d’au moins six mois. Il n’y a plus de condition d’affection de longue durée depuis l’avenant 1 à la convention nationale, approuvé le 5 juillet 2024. Depuis le 1er janvier 2026, le médecin traitant peut également prescrire un bilan pour les patients de plus de 80 ans présentant au moins 10 lignes de traitement.

Non. Les résidents en Ehpad ne sont pas éligibles au dispositif, au motif qu’ils ne sont pas autonomes dans la prise de leur traitement. Une adaptation du bilan a toutefois été prévue pour cette population, utilisant les mêmes supports moyennant certaines modifications.

Le pharmacien. Il analyse les traitements, identifie les interactions, les redondances et les médicaments potentiellement inappropriés, puis transmet ses conclusions au médecin traitant. Le pharmacien propose, le prescripteur décide.

L’entretien de recueil dure 30 à 45 minutes. L’analyse se conduit hors présence du patient et représente un temps équivalent ou supérieur. En cumulant les quatre étapes, la première année représente de l’ordre d’une heure trente à deux heures par patient. Les années suivantes sont nettement plus courtes.

Oui, en télésoin, à condition qu’un premier entretien se soit tenu en présentiel.

La première année est rémunérée 65 € au total, sous le code BMI, échelonnés sur les quatre étapes de la séquence. Les années suivantes sont rémunérées 30 € sous le code BMS, avec ou sans changement de traitement. S’y ajoute un code d’adhésion TAC de 0,01 € au démarrage. La prestation est facturée en tiers payant et prise en charge à 70 pour cent.

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