L’oubli est l’écart au traitement le plus fréquent, et le plus banalisé. Chez les patients atteints de maladies chroniques, il passe souvent inaperçu parce qu’il ne provoque aucun symptôme immédiat, et parce que le patient lui-même ne le perçoit pas comme un problème. Comprendre pourquoi il survient est la condition pour le prévenir efficacement.
Un écart massif entre observance déclarée et observance réelle
Les seniors polymédiqués estiment très majoritairement bien gérer leurs traitements. Selon le sondage exclusif OpinionWay pour Medissimo et Notre Temps, réalisé en juin 2023 auprès de 630 personnes de 60 ans et plus prenant au moins cinq médicaments par jour, 82 pour cent affirment très bien respecter la prescription médicale et 93 pour cent déclarent n’avoir pas ou peu de difficultés à prendre leurs traitements.
Le même échantillon donne un tout autre résultat lorsque l’observance est appréciée à partir de six questions comportementales. Seuls 32 pour cent des seniors interrogés présentent une bonne observance. L’observance moyenne concerne 56 pour cent d’entre eux, la mauvaise observance 12 pour cent.
L’oubli est le premier facteur de cet écart : 65 pour cent des seniors polymédiqués déclarent avoir déjà oublié de prendre leurs médicaments. Chez les patients en mauvaise observance, cette proportion atteint 87 pour cent.
L’oubli est banalisé
Un chiffre de la même étude explique en partie pourquoi le sujet est difficile à aborder en officine : 24 pour cent des seniors polymédiqués estiment qu’il n’est pas grave d’oublier de prendre ses médicaments de temps en temps.
Cette perception n’est pas irrationnelle du point de vue du patient. Un oubli isolé ne produit généralement aucun effet ressenti. C’est la répétition qui compte, et elle n’est pas visible à l’échelle d’une journée.
Elle se double d’une seconde donnée : 79 pour cent des seniors polymédiqués considèrent que respecter une prise sur deux constitue un traitement suivi correctement.
Pourquoi l’oubli survient
La charge du traitement. Les seniors polymédiqués interrogés prennent en moyenne 6,7 médicaments différents et 8,4 comprimés ou gélules par jour, répartis en 2,6 prises. Ils estiment eux-mêmes qu’au-delà de sept médicaments quotidiens, le traitement devient trop lourd.
La multiplicité des prescripteurs. Près de quatre seniors sur dix, soit 39 pour cent, ont des prescriptions émanant de plusieurs médecins. Parmi eux, 20 pour cent en ont trois et 8 pour cent au moins quatre. Aucun de ces prescripteurs ne dispose nécessairement de la vue complète du traitement.
L’automédication de confort. 62 pour cent des seniors prennent des médicaments de confort en plus de leur ordonnance, une proportion qui monte à 68 pour cent chez ceux prenant au moins sept médicaments par jour. Ces prises échappent au décompte du patient comme à celui du professionnel.
La rupture de routine. L’oubli se concentre sur les prises les moins ritualisées. Le lever est ancré dans une habitude stable. Le midi et le soir dépendent d’horaires variables, d’une sortie, d’un repas décalé, de la présence ou non d’un tiers.
L’absence d’outil de rappel. C’est le point le plus frappant de l’étude : à peine 7 pour cent des seniors polymédiqués disposent d’un système de rappel. Cette proportion ne monte qu’à 11 pour cent chez ceux prenant au moins neuf comprimés par jour, c’est-à-dire chez les patients les plus exposés.
Distinguer l’oubli de l’arrêt délibéré
Tous les écarts ne relèvent pas de l’oubli, et ils n’appellent pas la même réponse.
L’étude distingue plusieurs comportements. 28 pour cent des seniors déclarent avoir pris leurs médicaments en retard. 13 pour cent ont modifié les doses ou arrêté des prises sur les dernières semaines. 18 pour cent ne prennent pas un médicament en raison d’un effet particulier ressenti. 10 pour cent en omettent un parce qu’ils estiment qu’il leur fait plus de mal que de bien.
Ces derniers cas ne sont pas des oublis. Ce sont des décisions, prises par le patient, souvent sans en informer personne. Un pilulier ne les corrigera pas : il les rendra seulement visibles.
Cette distinction est opérationnelle. Un oubli répété appelle une aide à l’organisation, que le pilulier apporte. Un arrêt délibéré lié à un effet indésirable relève d’une observation clinique et remonte au médecin prescripteur pour réévaluation. Une difficulté portant sur le circuit du médicament, préparation, conditionnement ou disponibilité, se traite avec le pharmacien.
Ce que le pilulier change
Le pilulier organise les médicaments par jour et par moment de prise. Il déplace la décision du moment de la prise vers celui de la préparation, ce qui allège la charge du patient au quotidien.
Son apport le plus direct contre l’oubli tient à la lisibilité. Un compartiment vide indique une prise effectuée, un compartiment plein une prise manquée. L’information est immédiate, sans effort de mémoire, et elle est accessible au patient comme à son entourage.
54 pour cent des seniors polymédiqués utilisent déjà un pilulier, le plus souvent hebdomadaire à trois cases. C’est un point d’appui : l’outil est familier, il ne s’agit pas d’introduire une pratique nouvelle mais d’en améliorer la fiabilité.
Le pilulier reste toutefois un support passif. Il rend l’oubli constatable après coup, il ne le prévient pas au moment où il se produit. C’est ce qui distingue le pilulier simple du pilulier associé à une application de suivi, qui notifie au moment de la prise et permet de repérer une répétition d’écarts sur plusieurs semaines.
Le rôle du pharmacien
L’étude met en évidence une disponibilité que la pratique exploite encore peu. 54 pour cent des seniors polymédiqués se disent prêts à partager des informations sur leur observance avec leur pharmacien. Cette proportion monte à 62 pour cent chez les patients en mauvaise observance, c’est-à-dire précisément chez ceux pour qui l’enjeu est le plus fort.
22 pour cent souhaitent explicitement une plus grande implication de leur pharmacien dans le suivi du traitement, et 48 pour cent n’y sont pas opposés. 18 pour cent se déclarent intéressés par la préparation de leur pilulier en officine, dont 78 pour cent sont prêts à payer ce service.
Le renouvellement d’ordonnance constitue un point de contact régulier où l’écart peut être repéré. Un patient qui vient chercher son traitement avec plusieurs jours de décalage, ou qui dispose encore d’un stock important, donne une information exploitable sans qu’aucune question directe soit nécessaire.
La préparation du pilulier en officine ajoute à ce contact une vérification de conformité à l’ordonnance en cours, ce qui écarte du même coup un autre motif d’écart fréquent, la poursuite d’un traitement arrêté dont le conditionnement est resté au domicile. Ce point rejoint les contraintes propres à la gestion des traitements à domicile, où la chaîne d’administration se fragmente entre plusieurs intervenants.
Ce que le pilulier ne résout pas
Le pilulier organise la prise, il ne la garantit pas. Un patient qui décide d’arrêter un traitement continuera de l’arrêter, et il le fera dans le pilulier comme il le faisait dans ses boîtes.
Il ne réduit pas non plus le nombre de médicaments. Organiser proprement la prise de neuf comprimés quotidiens ne dispense pas de la question de la réévaluation de l’ordonnance, d’autant que 88 pour cent des patients en mauvaise observance ont le sentiment d’avoir trop de médicaments à prendre.
Enfin, il ne couvre pas les formes qui ne peuvent pas être déconditionnées ni les médicaments de confort pris hors ordonnance, qui restent gérés en parallèle.
Questions fréquentes
Quelle est la fréquence réelle des oublis de médicaments ?
Selon le sondage OpinionWay pour Medissimo et Notre Temps mené en juin 2023, 65 pour cent des seniors polymédiqués déclarent avoir déjà oublié une prise. Chez les patients identifiés en mauvaise observance, la proportion atteint 87 pour cent.
Pourquoi les patients sous-estiment-ils leurs oublis ?
L’étude montre un écart net entre l’observance déclarée et l’observance mesurée : 82 pour cent des seniors affirment très bien respecter leur prescription, alors que 32 pour cent seulement présentent une bonne observance selon les critères comportementaux. Un oubli isolé ne produisant pas d’effet ressenti, il est rarement perçu comme un incident.
Un pilulier suffit-il à prévenir les oublis ?
Il réduit l’oubli lié à l’organisation, en rendant chaque prise identifiable et chaque manque visible. Il n’agit pas sur l’arrêt volontaire d’un traitement, ni sur la non-prise motivée par un effet indésirable, qui relèvent d’un échange avec le professionnel de santé concerné.
Quels patients sont les plus exposés ?
Les patients cumulant un nombre élevé de médicaments, plusieurs prescripteurs et une prise quotidienne fractionnée. L’étude relève par ailleurs que les patients en mauvaise observance vivent plus souvent seuls et sont en moyenne plus jeunes que l’ensemble des seniors polymédiqués interrogés.
Comment aborder le sujet de l’observance avec son patient ?
L’étude indique une réceptivité élevée : 54 pour cent des seniors polymédiqués se disent prêts à partager des informations sur leur observance avec leur pharmacien, et cette proportion est plus forte encore chez les patients dont l’observance est la plus dégradée.
Source des données chiffrées : sondage exclusif OpinionWay pour Medissimo et Notre Temps, réalisé du 2 au 12 juin 2023 auprès de 630 personnes de 60 ans et plus, prenant au moins cinq médicaments par jour depuis au moins six mois et en autonomie numérique. Intervalles de confiance de 1,7 à 4 points selon le pourcentage mesuré.








